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08.05.2010

Messagers, à présent marchons l'amble!

La contagion néo-libérale rattrape à marche forcée l'exception française. En dépit de toutes les proclamations d'intention, le sarkozisme impose un mode de conception et une forme de gouvernance totalement bandés vers la dérégulation d'un modèle social issu du compromis historique de l'après-guerre et du programme du conseil national de la résistance.

C'est encore et toujours de résistance dont il s'agit quand notre système sanitaire et social se lézarde sous l'effet des coups de buttoir portés par les dirigeants en charge des sales besognes sous le prétexte abject d'une normalisation par le bas dictée par les contraintes d'une mondialisation sans rempart pour les nations européennes et les acquis sociaux de leurs peuples respectifs.

Que l'on ne vienne surtout pas nous parler de cette Europe pieds et poings liés à ces odieux critères de convergence au nom desquels à présent le FMI impose ses méthodes d'ajustement à une Europe du Sud qui bénéficiait naguère d'un tout autre traitement. C'est que la logique de la concurrence libre et non faussée - camouflée dans un protocole annexé au traité de Lisbonne - et la politique de l'offre compétitive ne peuvent souffrir des politiques sociales en oeuvre dans cette région du monde. Malgré leurs niveaux encore bien limités - eu égard à l'ampleur des problèmes sociaux des populations démunies et de l'exacerbation de l'exploitation des forces du travail par le capitalisme financier mondialisé -, ces politiques de redistribution et de solidarité devront pourtant céder le pas, à l'instar de la Grèce, aux cures d'austérité. Une rigueur accentuée pour les faibles, dans une logique de redistribution à l'envers du partage de la valeur ajoutée au profit du capital et de la finance depuis bientôt trente ans!

Compression des salaires, des prestations sociales et autres allocations liées aux pertes et à l'absence de revenus. Détricotage des dispositifs de solidarité : de la mise en cause des retraites par répartition au déremboursement des soins. Attaques, mal déguisées, contre les institutions sanitaires, sociales et médico-sociales ( hôpitaux, EHPAD …) sous l'effet conjugué des politiques nationales ( stricte limitation des dépenses d'assurance-maladie par exemple ) et des transferts de compétences non assortis de moyens financiers (étranglement des budgets des collectivités - celles-ci ne pouvant répercuter sur le contribuable local le manque de dotations, elles mêmes limitées par la perte des recettes nationales dues aux franchises fiscales en tous genres - et suppression de la taxe professionnelle).

Avec la diminution de fonctionnaires dans les secteurs stratégiques (l'éducation nationale) ou bien l'absence d'ambition dans la recherche, c'est l'assurance d'une profonde fragilisation de notre société. Cette offensive en oeuvre va connaître de nouveaux assauts avec la politique agressive annoncée par un Premier ministre droit dans ses bottes.

La longue marche entreprise dès les années quatre-vingt dix par le Mouvement des Citoyens avec ceux qui ne prenaient pas des vessies pour des lanternes permettra-t-elle d'agréger de nouvelles forces en cette étape décisive de guerre économique, sociale et idéologique? Si nul n'en connait l'issue, d'aucuns, comme le MRC et Jean-Pierre Chevènement, ont toute légitimité pour proposer une direction. Avec l'expérience de cette guerre de position contre les néo-cons, nous voulons sortir par le haut de cette épreuve.

La politique de salut public doit prendre sens aujourd'hui pour offrir au pays une véritable alternative. Ce message doit être porté et relayé dans le pays d'un pas assuré mais rapide.

Au MRC, à cheval sur nos principes, nous devrions à présent marcher l'amble - cette allure rapide, atypique et naturelle du cheval islandais ou du paso fino qui était jadis - avant qu'elle ne disparût sous l'effet d'une sélection discriminante conduite sur plus de dix siècles - celle de tous les équidés et qui permet des performances exceptionnelles de déplacements sur une journée. A la politique des petits pas, de l'inconstance - voire de l'inconsistance - et des horizons bouchés, préférons cette vision large et cette marche soutenue vers notre cap! A la recherche des prairies verdoyantes et non du mirage de cette société de marché assoiffante et austère.

X D

23.01.2010

Jospin arc-bouté sur son bilan mais débouté sur la question corse…

Hier, en fin de soirée, FR2 diffusait la deuxième partie de l'autoportrait de l'ancien premier ministre. Un Jospin très en forme, commentant ses relations avec le président Mitterrand sous le second septennat, puis ses deux campagnes présidentielles ponctuées par sa gestion gouvernementale sous la cohabitation avec Jacques Chirac. De celle-ci, il a largement rendu compte, justifiant, notamment, les privatisations sans précédent dont il fut à l'origine, par la nécessité de muscler nos entreprises nationales en permettant l'ouverture de leur capital aux actionnaires avec des recapitalisations sur le marché boursier dans une parfaite logique libérale.

Elogieux sur la politique de sécurité conduite par son gouvernement avec le ministre de l'intérieur de l'époque, Jean-Pierre Chevènement, il démontre bien toute la pertinence du dispositif de police de proximité démantelé par Sarkozy et les gouvernements de la droite. Mais, sur deux points litigieux, son passé trotskiste et son traitement de la question corse, l'ancien premier ministre présente des arguments très spécieux.

Bien d'accord avec lui pour acter le fait que cette réminiscence de son passé militant, orchestrée par la droite lorsqu'il revint aux affaires en 1997, n'était pas gratuite. Et pour considérer que cette  dénégation mensongère de sa jeune filiation trotskiste, lors de cette fameuse interview qu'il donna au journal Le Monde en 1995, était une erreur singulière pour ne pas dire une faute !

En total désaccord avec lui sur cette appréciation péjorative et péremptoire portée sur la posture de son ministre de l'intérieur lorsque ce dernier, en opposition avec Matignon, se refuse à entériner un processus d'autonomie pour la Corse. Avec le recul et les résultats du référendum de 2004 qui mit un point final à ce mode de règlement, Jospin est mal inspiré de polémiquer avec un Chevènement qu'il qualifie bien maladroitement d' ”entêté” sinon de “buté” quand, en toute cohérence, ce dernier ira jusqu'à  démissionner par refus d'une partition de la république. Ce que la population corse refusa à son tour avec Emile Zuccarelli lors du référendum sur cette question.

Un certain entêtement bien regrettable dans ce souci d'en découdre avec un Jean-Pierre Chevènement dont on connait pourtant toute la rectitude, la sagesse… et la constance. Avec, pour seul péché de jeunesse de l'ancien leader du CERES, celui d'avoir accompagné la victoire de François Mitterrand à Epinay puis à l'Elysée. A chacun son droit d'inventaire!

X D

21.01.2010

Retour sur la parenthèse libérale

En attendant la deuxième partie de l'émission consacrée à Lionel Jospin (1) je vous invite à revisiter ce fameux tournant de 1983. Pour avoir porté le fer, en militant socialiste, contre cette ligne dès la préparation du congrès de Bourg-en-Bresse - mais seulement à ce moment là - je peux signifier que Jean-Pierre Chevènement et le CERES ne manquaient pas d'arguments de contestation. (2)

Souvenons-nous du contexte. Les allemands venaient de rafler les fruits de notre politique de relance de la consommation par la hausse du pouvoir d'achat des ménages quand nos capacités de production et notre offre sur le marché national restaient inférieures à la demande et/ou non compétitives. Résultats : déficit du commerce extérieur et perspective de croissance révisée à la baisse. Le ministre de l'économie de l'époque, Jacques Delors, en appelait dès 1982 à “la pause” dans les mesures salariales et sociales puis à la rigueur. Le débat sur le décrochage du franc vis à vis du mark, préconisé initialement par Michel Rocard, Jean-Pierre Chevènement et quelques grands chefs d'entreprise, se solda par le choix présidentiel de la fidélité au SME (système monétaire européen) avec les effets induits inhérents à cette politique augurée par VGE que nous dénoncions: révision de croissance à la baisse, rigueur salariale et sociale, chômage de masse. Au nom des grands équilibres (commerce extérieur, budget social et de l'Etat, etc.), la parenthèse de la rigueur prenait le pas sur l'autre politique! Avant que ne fût aussi remise en cause dès 1984 nos velléités de politique industrielle quand le gouvernement de Laurent Fabius devait plus tard faire le sale boulot dans le cadre de la politique dite de modernisation ( en fait restructuration des “vieilles industries” : charbon, acier, etc.) tout en renonçant à la politique des filières industrielles qui justifiait notamment les récentes nationalisations des grands groupes industiels et commerciaux et des grandes banques d'affaires.

On connait bien la suite avec la désaffection durable de notre électorat populaire… Le premier secrétaire du parti socialiste, Lionel Jospin employait le terme de parenthèse de la rigueur. Laquelle ne s'est jamais refermée depuis. C'est le fameux Bad-Godesberg rampant que nous dénoncions par anticipation dès les congrès précédant la victoire de l'Union de la gauche et auquel se réfèrent a postériori et avec aplomb ceux qui saluent l'entrée dans la modernité du socialisme français à son  ralliement aux politiques économiques et monétaires d'antant. Ce qui permit, selon ces mêmes thuriféraires du social-libéralisme, de faire le grand marché puis l'union européenne.

Pour une parenthèse…(3)

X D

(1) “Jospin est de retour. Mais pas pour des raisons politiques. Pour l’Histoire, assure Patrick Rotman, auteur du documentaire “Lionel raconte Jospin”. Dans ce film en deux parties que diffuse France 2 les 14 et 21 janvier, l’ancien Premier ministre livre dans un récit à une voix sa vérité sur les différents épisodes de sa carrière avec, pour seul contre-point, des images d’archives.” RFI

(2) J'étais par ailleurs membre de la section de Bourg-en-Bresse  à cette époque et je garde une mémoire vive du fort impact de notre prestation sur les camarades et les élus lorsque nous prîmes la parole pour défendre la motion du CERES. Le député-maire de la ville, Louis Robin, par ailleurs courtois sinon chaleureux à notre égard, devait même user d'arguments spécieux pour dissiper le doute qui gagnait l'assistance ( du style : tout ceci est très  séduisant sur le papier mais avec des arguments “protectionistes” de ce type nous n'aurions pas tenu trente jours au pouvoir). Les camarades de la majorité socialiste manifestèrent également en aparté leur inquiétude devant nos capacités d'entraînement. En présentation fédérale, la ligne du CERES faisant mouche. Et jusqu'aux rocardiens de saluer la clarté de notre exposé basé sur une analyse critique approfondie de la politique économique et sociale du gouvernement de Pierre Mauroy qui présentait entre autres inconvénients celui de trahir les attentes populaires.

(3) Il semble que le terme de “parenthèse libérale” a été employé par ceux qui, comme nous, dénoncions la logique implacable portée par la politique de rigueur quand les sociaux-démocrates et libéraux parlaient de “parenthèse de la rigueur” à l'instar du premier ministre de l'époque. Sur cette seule dimension sémantique, je plaiderai donc coupable pour avoir travesti le mot en dénonçant ses maux. Lequel d'entre-nous aurait-il introduit subrepticement cet adjectif qui signe par avance l'acte d'accusation ?

 
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